À la rencontre des Augustins de Truttenhausen

(A 20 minutes de l’Ermitage du Rebberg)

Si les ruines de leur église font rêver plus d’un promeneur, les hommes qui y ont prié sont souvent méconnus.

Geiler de Kaysersberg, en 1494, raconte l’histoire d’un chanoine régulier de Saint-Augustin qui serait venu trouver saint Bernard de Clairvaux et il l’appelle « ein Druttenhüser herr », « un monsieur de Truttenhausen ». Bizarre : à la mort de saint Bernard, notre Truttenhausen n’existait pas encore. Le prieuré était-il donc si célèbre à l’époque que, pour Geiler, « Augustin » et « religieux de Truttenhausen » soient devenus synonymes ? Ou faut-il penser qu’il existait d’autres maisons du même Ordre portant le même nom ?

« Maison des apôtres »

On a cherché à expliquer « Truttenhausen » de manières parfois farfelues. On a voulu y voir une « maison des Druides » ! L’abbesse Herrade, par ailleurs cultivée et soucieuse de la formation religieuse de sa communauté, n’aurait pas laissé à cette fondation un vocable évoquant le paganisme ! Comme l’étoile à cinq branches est appelée « Drudenfuss » et qu’on la met en lien avec la sorcellerie, on a proposé « maison de sorcières », ce qui est sans doute encore plus cocasse.

Il suffit pourtant d’ouvrir un manuel d’étymologie germanique. On y trouve une racine qui se présente comme « trut » ou « drud », avec des variantes, et qu’on rencontre en allemand actuel dans les formes « traut », « vertraut ». Ladite racine avait donné en ancien français un mot aujourd’hui disparu : « dru (e) », qui signifiait « ami (e) », « bien-aimé (e) ». Dans certains ouvrages médiévaux allemands, « trutten » ou « druten » désigne des amis, des personnes de confiance, et, plus précisément dans des récits en lien avec les Évangiles, les « amis du Christ », les apôtres. Le sens global de « Truttenhausen » apparaît alors comme « maison des apôtres », « maison des amis (ou des bons serviteurs) de Dieu ». Une telle interprétation renvoie spontanément au fait que Herrade voulait avoir là douze chanoines, le nombre des apôtres…

Des chanoines réguliers

Pourquoi l’abbesse les a-t-elle fait venir, ces religieux de l’abbaye de Marbach (aujourd’hui dans le Haut-Rhin) ? Elle avait entrepris de réorganiser la desserte sacerdotale de son couvent de Hohenbourg et souhaitait pour cela non pas des prêtres séculiers ni des moines bénédictins, mais des chanoines réguliers, suivant comme elle ce qu’on considérait comme la règle de saint Augustin. En 1178, elle avait commencé par faire appel à des Prémontrés d’Etival à qui elle avait offert Saint-Gorgon.

En 1181, elle a complété l’effectif avec des Augustins, en fondant pour eux Truttenhausen, sous le vocable de Saint-Nicolas. Leur supérieur avait le titre de « prévôt » et c’était désormais lui qui devrait assurer la première messe de la Sainte-Odile et de Noël, entre autres obligations.

Truttenhausen allait connaître, jusqu’à son anéantissement par le feu en 1555, des aventures diverses… que les lecteurs des DNA découvriront plus tard.

D’après Marie-Thérèse Fischer, publié le 28/05/2014 dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.

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