La Bruche, le canal et les mariniers

 

(A 25 minutes de l’Ermitage du Rebberg)

La région d’Avolsheim a toujours été un pays de bateliers, du Moyen Âge jusqu’au XIXe siècle, comme en attestent les clefs de voûte sur certains porches du village.

On dénombrait en 1940 encore onze familles de bateliers dans le village, souvent en parenté avec un autre village de bateliers, Offendorf, le long du Rhin. Cette particularité s’explique car à cet endroit, la Bruche, le canal du même nom et la Mossig se rejoignent ; le plan d’eau (entre le pont de la Bruche et les vannes) était, dans la première partie du XXe siècle, un lieu de promenades en barque à fond plat (la plate), de joutes nautiques, ainsi qu’un endroit fort prisé par les pêcheurs.

La Bruche, poumon de l’activité industrielle

Au départ, il y a bien sûr la Bruche. Rejetée par les flancs moussus du Climont, cette rivière aux eaux pétillantes dévale les pentes des Vosges moyennes. Des fouilles ont mis à jour à Heiligenstein des ateliers de potiers qui utilisaient déjà des radeaux pour le transport de la vaisselle vers Argentorate jusqu’en 180 après JC. Dès le Moyen-Âge, la Bruche servait au flottage du bois et au transport de denrées alimentaires (légumes, vin, céréales…). Dans les années soixante, elle fut le poumon d’une activité industrielle florissante (filatures, scieries…) qui avait besoin de main-d’œuvre et d’énergie pour entraîner les turbines productrices d’électricité. Canalisée entre Schirmeck et Molsheim, lors de la construction de la voie rapide, elle reste malgré tout redoutée pour ses crues soudaines et dévastatrices (Noël 1919, janvier 1955). Après le goulot d’étranglement géologique de Mutzig, elle se déverse en méandres ; à l’époque, elle suivait le cours d’un diffluent, le Dachsteinbach, avant de rejoindre l’Ill à Strasbourg. Au XVIIe siècle, son cours fut détourné vers le déversoir d’Avolsheim (creusement d’un cours artificiel par le régiment de Champagne).

Ce déversoir, au confluent de la Mossig, alimente le canal de la Bruche, construit par Vauban en 1682 (après la réunification de l’Alsace à la France) en vue du transport de matériaux pour les fortifications de Strasbourg.

Au même moment furent également édifiées les vannes, sorte de barrage au départ du canal destiné à réguler son alimentation en eau. Les grandes eaux n’entrent pas dans le canal, mais sont évacuées par un déversoir. La mise en service du canal ouvrit bien sûr une période faste pour bon nombre de mariniers à l’époque ; les bateaux étaient halés par des hommes ou plus rarement des chevaux.

Cigognes et poissons migrateurs

De nombreuses usines jalonnaient le canal : moulins à farine ou carrières (Wolxheim), blanchisseries (Ergersheim), foulons à chanvre (Ernolsheim) ; des prises d’eau servaient à l’irrigation. Le canal permettait aussi le transport du bois des forêts vosgiennes pour la construction ou le chauffage.

De nos jours, ce canal est déclassé et son chemin de halage est aménagé en piste cyclable vers Strasbourg. Elle se faufile dans un ried où l’on peut croiser canards, bécassines, bergeronnettes ou martins-pêcheurs filants comme une flèche entre les racines des saules renversés. Nul doute que la cigogne récemment réintroduite trouve également dans ces zones humides de quoi y nicher et se nourrir. Enfin, le déversoir a été doté récemment d’une passe à poissons, permettant désormais aux poissons migrateurs de remonter la Bruche.

D’après J.-M.R.,  publié le 09/08/2013 dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.

 

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