Pilleurs de troncs à Molsheim

(A 15 minutes de l’Ermitage du Rebberg)

Le couple bizarre croyait pourtant avoir pris ses précautions !

Au début de l’après-midi, le 15 mars 1865, le serrurier Antoine Andrès travaille dans l’église de Molsheim. Tout en posant une serrure à la porte de la sacristie, il s’interroge sur un homme et une femme qui rôdent dans l’édifice où, à ce moment, il n’y a personne d’autre. Ils n’ont pas l’air d’être venus faire leurs dévotions…

Son ouvrage terminé, le serrurier se rend chez Joseph Falck, le sacristain, et lui parle de ces gens qui semblent mijoter quelque chose. Falck veut en avoir le cœur net, va droit à l’église, mais, avant d’entrer, s’arrête derrière la « fausse porte » et tend l’oreille. De l’autre côté, non loin de lui, il entend tinter de l’argent.

Flagrant délit

Il ouvre alors précipitamment la porte et voit un homme d’une cinquantaine d’années, debout devant le tronc de saint Pierre, en train d’en retirer des pièces au moyen d’un « gluau ». Autrement dit, il tient une sorte de bâton recouvert de glu, qu’il a introduit dans la fente du tronc, de telle sorte que des pièces y restent collées et peuvent ainsi être extraites sans peine. Flagrant délit !

La femme, elle, était censée faire le guet, mais elle n’a pas entendu venir le sacristain. Il est vrai que, à son âge, on est parfois un peu dur d’oreille : elle a 75 ans.

On les garde à l’œil tous les deux, on avertit la police. Ils sont interrogés sur leur identité. Lui, il s’appelle Jean Kieffer, né et domicilié à Hombourg (Moselle). Elle, Thérèse Wolff, née et domiciliée à Lièpvre (Haut-Rhin), prétend être sa belle-sœur.

On les fouille. Le voleur a essayé de faire disparaître son gluau en le cassant en trois morceaux, mais il n’a pas su le cacher et l’objet servira de pièce à conviction. Il détient, en outre, des pièces gluantes, certaines étant carrément collées ensemble. Sur Thérèse, en revanche, on ne trouve rien de compromettant. On ne se gênera toutefois pas pour l’envoyer avec Jean devant le Procureur Impérial, sa complicité ne faisant aucun doute.

Arrêtons-nous un instant au métier que Jean et Thérèse ont déclaré exercer. Assurément, on aurait du mal à trouver aujourd’hui des gens qui le pratiquent encore : le raccommodage de parapluies, activité itinérante comme celle des aiguiseurs de couteaux, ces « Schereschliffer » si peu estimés que leur nom était devenu une insulte. Les plus aisés, si l’on peut dire, se déplaçaient avec une petite carriole. Les autres allaient à pied, de village en village, leur matériel sous le bras ou sur le dos, en lançant inlassablement leur appel : « Hàn’r ken Barebli ze flicke ? » (« Vous n’avez pas de parapluie à raccommoder ? »). Quand on évoque les « métiers disparus », qui pense encore à celui-ci ?

D’après Marie-Thérèse Fischer, publié le 29/05/2013 dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.

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